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Archives Texte musicologique - Rencontres 2003 NEDERLANDS KAMMERKOOR Par Guy Gosselin Le prestigieux Nederlands Kammerkoor propose ce soir un programme qui possède l’avantage d’offrir à l’auditeur un large florilège européen de l’écriture chorale sacrée du XX e siècle articulé autour de l’idée centrale de conversation avec l’histoire. Tous les compositeurs représentés ont été confrontés plus ou moins longtemps à l’idée d’échapper à une continuité temporelle perçue comme un axe reposant sur des successions de nouveautés, que ce soit à titre personnel ou dans le cadre de ce que l’on a appelé, dès la fin des «années soixante», la «Nouvelle Musique». On connaît la place extrêmement riche et variée que revêt la musique vocale dans l’œuvre de Francis Poulenc (1899-1963) et notamment celles des pièces écrites pour chœurs a cappella. Dans toutes ces dernières, on peut retrouver intactes les traces des maîtres de la Renaissance avec lesquels, tout juste avant lui, Debussy d’abord, Ravel ensuite, avaient renoué conversation. Les Quatre motets pour un temps de pénitence (1938-1939) illustrent cette conversation en particulier par l’utilisation de blocs homoryhmiques, tour à tour effrayants dans le premier motet Timor et tremor, ou empreints d’une tendre mélancolie dans le second, Vinea mea electa. Le troisième – Tenebrae Factae sunt - faisant appel à deux des sept dernières paroles du Christ en croix, exploite, grâce à la division des pupitres d’alti et de basses, une belle variété de combinaisons vocales qui se condensent au centre de la pièce sur un intervalle de quinte à vide habilement apposé à la fin du mot spiritum de emisit spiritum – (Il rendit l’âme). Enfin, poursuivant l’élargissement de la texture, la dernière pièce - un très calme Tristis est anima mea - requiert une soprano solo et se clôt à neuf voix par un ultime accord lumineux, après avoir suggéré la méditation de l’auditeur sur le divin sacrifice par la triple répétition de pro vobis (pour vous). Par cette œuvre, Francis Poulenc prouve à nouveau qu’un compositeur du XX e siècle pouvait aussi être un contemporain de Ronsard et de Janequin, et cela non point par culture, par propos délibéré, par recherche de style ou souci archéologique, mais bien par identité de nature et de sentiment. L’œuvre vocale sacrée d’Ildebrando Pizzetti (1880-1968), critique, chef d’orchestre et compositeur italien, témoigne d’une écriture chorale richement imaginative due en partie à de sérieuses études de la polyphonie de la Renaissance, qui persuadèrent le musicien des possibilités expressives du contrepoint vocal pur. La Missa da requiem (1922) emprunte également à la monodie grégorienne et aux premières techniques médiévales polyphoniques tel que l’organum, comme le montrent plusieurs passages du Dies irae à huit voix. Cette recréation libre des styles anciens en termes sonores du XX e siècle peut être mise en parallèle avec les aspects les plus archaïques de l’écriture du compositeur anglais Ralph Vaughan Williams, dont la Messa diRequiem en sol mineur, exactement contemporaine, présente de multiplesressemblances. Plus près de nous, composé en juillet-août 1966, le Lux aeterna pour chœur à 16 voix mixtes a cappella de György Ligeti (1923)se situe dans la mouvance du nouveau style inauguré par le compositeur après son passage au Studio de Musique électronique de Cologne et essentiellement initié par la pièce Atmosphères (1961). Lux aeterna, devant s’interpréter Sostenuto, molto calmo, et dans un pianissimo permanent, se caractérise par un statisme sonore façonné grâce à la technique des textures micropolyphoniques de clusters. Jouant sur leur ambitus, leur constitution interne et leur degré de mobilité, le compositeur emplit chromatiquement l’espace musical du grave à l’aigu, mais pas toujours de manière homogène, créant ainsi une micropolyphonie plus ou moins rythmée de mouvements internes peu ou bien perceptibles. La pièce Lux aeterna peut être considérée comme un lumineux appendice au superbe Requiem achevé l’année précédente, G. Ligeti revenant sur certaines parties non traitées pour continuer à développer ce qu’il nommait lui-même l’idée de la « lumière éternelle ». Les canons mélodiques s’enchaînent en une forme musicale tout à fait continue au sein de laquelle texte et musique se confondent pour créer une sonorité globale changeante. Les entrées sont imperceptibles et les consonnes des fins de mots volontairement supprimées pour mieux obtenir l’effet prescrit par l’indication de l’auteur en exergue à la partition : « Wie aus der Ferne- Comme dans le lointain ». * * * Les pièces des quatre compositeurs suivants transportent l’auditeur dans un univers sonore plus caractérisé et davantage collectif, bien que la «Nouvelle Musique» et le «courant» post-moderne auxquels nous pouvons les rattacher ne revêt aucune homogénéité et ne possède encore moins de cadre théorique bien défini. A la fin des «années soixante», l’essoufflement des avant-gardes se double d’une nouvelle demande de communicabilité, d’une volonté pour les compositeurs d’être compris immédiatement et non après un temps d’assimilation du public. Cette attitude, combinée d’une part avec une volonté de revisiter le passé «d’une façon non innocente», et d’autre part avec le goût pour l’éclectisme et pour une certaine hybridité, reflète ce que l’on a communément appelé la «fin de l’histoire». Elle se traduit en musique par le retour à la tonalité, au primat de la mélodie, et par le recours à la répétition, voire à l’effet, au sein d’une nouvelle simplicité, que par ailleurs les courants américains minimalistes et «répétitifs» ont exprimée au travers de quelques œuvres emblématiques, tel l’opéra Einstein on the beach de Philipp Glass (1937) créé en Avignon en 1975. Nombreux sont les compositeurs contemporains scandinaves et d’Europe de l’Est qui ont adopté cette «tendance», sans que l’on puisse parler de style commun. |
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