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Vendredi 26 août 2005 21 heures à Vézelay (Basilique Sainte-Marie-Madeleine) Cantus Cölln et Concerto Palatino Direction : Konrad Junghänel Heinrich Schütz - Psaumes de David Description Publiés au printemps 1619, les Psaumes de David représentent une étape capitale dans la vie de Heinrich Schütz. Représentant pour ainsi dire la quintessence de ses années de jeunesse et d’étude, ils inaugurent en même temps une nouvelle période créatrice. C’est sous la férule de Georg Otto, compositeur en renom, mais bien peu novateur, que Schütz avait appris les rudiments de la musique. Grâce à la clairvoyance et à la libéralité du prince, Schütz, muni d’une bourse confortable, put se rendre en 1609 à Venise auprès de Giovanni Gabrieli pour un séjour d’étude qui devait en principe durer deux ans. Le succès obtenu par son premier opus, les Madrigaux italiens gravés à Venise en 1613, lui permit de prolonger sa formation auprès de Gabrieli. Ce n’est qu’en 1611 qu’il retourna à la cour de Cassel pour y exercer les fonctions d’organiste, composant – suivant la tradition italienne – une série de concerts spirituels à plusieurs choeurs, dont il retarda cependant la publication, afin de – ce sont ses propres paroles - «continuer à se perfectionner dans la musique» pour se recommander au public «par la production d’une oeuvre remarquable». Mais le projet de «garder pour ainsi dire ses talents sous le boisseau» devait s’avérer irréalisable. En effet, dès 1614, le prince-électeur de Saxe Jean-Georges Premier demanda au protecteur du jeune organiste l’autorisation d’inviter celui-ci à Dresde. Début 1617, il sollicita l’entrée définitive de Schütz à son service. Bien que Schütz fût officiellement organiste et maître de musique, il remplaca d’emblée le maître de chapelle Rogier Michael, dont la santé était chancelante; c’est ainsi que, tout juste âgé de trente ans, il dirigeait de facto la chapelle royale la plus considérable et la mieux considérée de toute l’Allemagne protestante. Trois ans après ses débuts à Dresde , le moment était venu pour lui d’affermir sa réputation en faisant graver un ouvrage. Dans ce but, il rassembla et compléta ses psaumes pour choeurs doubles et choeurs multiples, fruits d’au moins cinq années de travail à Cassel et à Dresde, qui le révélèrent au public en tant qu’élève de Gabrieli. Dans sa dédicace à son mécène Jean-Georges Premier, il souligne la «manière italienne» de ces compositions, à laquelle l’aurait «initié avec diligence» son «cher maître, célèbre dans le monde entier, messire Jean Gabrieli». Il est impossible de dire avec précision à quand remontent les premières esquisses de cette oeuvre. On a souvent supposé que Schütz aurait commencé à composer certaines pièces dès les années vénitiennes, immédiatement après la publication de son «bilan d’apprentissage», les Madrigaux italiens. On peut du moins estimer que l’intention, formulée a posteriori par le compositeur de retour d’Italie, d’attendre encore quelques années avant de publier une «oeuvre remarquable», serait une allusion voilée à la disposition minutieuse et réfléchie de son premier opus de musique sacrée. Il justifia la date tardive de la publication en arguant que son «inhabilité» ne lui «permettait pas d’en faire davantage» pour le moment, quelque fût son «bon vouloir». Même si le ton très personnel de ces déclarations tranche sur la traditionelle clause de modestie, convention de rigueur dans les préfaces de l’époque, il ne faut pas en exagérer l’importance: en effet Schütz veilla lui-même à la diffusion de son oeuvre, qu’il fit parvenir à de nombreuses villes et églises d’allemagne. De plus, la préface est datée du 1 er juin 1619, jour de son mariage avec Magdalena Waldeck, ce qui souligne la place à part occupée par ce recueil dans la vie du compositeur. La longue maturation des Psaumes de David se reflète aussi dans la richesse inouie des techniques musicales employées par l’auteur, richesse que révèle notamment la variété des titres: outre les psaumes entiers, on trouve par exemple des concerts (SWV 39, 46) et des motets (SWV 40) dans lesquels Schütz utilise une compilation de versets empruntés à différents psaumes ou à d’autres livres de l’Ancien Testament. La conduite des choeurs doubles et des choeurs multiples témoigne d’une grande souplesse et d’une grande flexibilité, ce qui permet à Schütz d’éviter habilement le schématisme qui menace d’ordinaire les pièces à plusieurs choeurs. On retrouve la même inventivité dans l’usage différencié des instruments et des voix, des ensembles vocaux et des choeurs, dont une préface détaillée expose les conditions d’emploi. Des plaintes comme Ach Herr, straf mich nicht, SWV 24, ou Aus der Tiefe, SWV 25, se contentent le plus souvent d’un simple dialogue entre deux choeurs à quatres voix comportant les même effectifs; l’impression d’ampleur est produite ici par des madrigalismes expressifs. Dans le psaume Der Herr Sprach zu meinem Herrn, SWV 22, , l’intervention d’un groupe instrumental à cinq voix vient étoffer l’ossature du dialogue; ce groupe, qui ne fait pas partie intégrale de la conception de l’ensemble, est là – selon la propre expression de Schütz – «pour renforcer l’éclat de la sonorité et servir à la beauté». Ces moyens d’expression sont poussés jusqu’au paroxysme dans la musique solennelle de Zion spricht, der Herr hat mich verlassen, SWV 46; l’ajout de cornets et de trombones aux deux ensembles vocaux confère à cette pièce une austérité dont l’emphase est encore renforcée par les deux ripieni vocaux. D’autres pièces jouent sur le contraste entre deux parties vocales solistes, l’une aigue, l’autre grave – par exemple dans Wohl dem, der nicht wandelt, SWV 28 -, opposent des solistes à un ensemble, ou travaillent avec deux choeurs de chapelle; l’emploi d’un choeur en écho dans Jauchzet dem Herrn, alle Welt, SWV 36, représente un cas unique. Outre les différentes techniques qui permettent de faire dialoguer deux ou plusieurs choeurs, Schütz emploie dans certaines oeuvres – de facon particulièrement efficace dans Wie lieblich sind dein Wohnungen, SWV 29, - la technique du récitatif choral libre, dont il disait lui-même qu’il était «à ce jour tout à fait inconnu en Allemagne». Etant donné la richesse harmonique et stylistique des Psaumes de David, ainsi que la diversité des effectifs utilisés, il semble peu vraisemblable qu’ils aient été composés pour l’usage ordinaire de la chapelle royale de Saxe. Certes, des documents attestent que certaines de ces oeuvres ont pu figurer occasionnellement au services des vêpres, mais la plupart des compositions rassemblées ici étaient manifestement réservées à des occasions solennelles. Ainsi s’expliquent les formules pleines de modestie employées par Schütz dans sa dédicace, car sa musique ne cherche pas à élargir le répertoire quotidien: elle se veut à la mesure des plus grandes exigences artistiques, elle se veut un modèle pour une époque entière. Alors que les compositions pour choeurs multiples, manifestant une tendance intrinsèque à l’uniformité, ne sont généralement différenciables que dans d’étroites limites, l’habileté de Schütz lui a permis d’imprimer à celles-ci le cachet de sa personnalité, si bien que chaque psaume présente un caractère individuel et singulier. Avec les Psaumes de David, Schütz a ouvert à ses contemporains une perspective nouvelle, il leur a enseigné une manière dont les effets se feraient sentir durant tout le XVIIe siècle. Musiciens Cantus Cölln Johanna Koslowsky (soprano) Elisabeth Popien (alto) Hans Jörg Mammel (ténor) Wilfried Jochens (ténor) Stephan Schreckenberger (basse) Konrad Junghänel (luth & direction) |
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