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Représentation de
Sainte-Marie-Madeleine

Vendredi 25 août 2006
- 18 heures
Vézelay (Basilique Sainte-Marie Madeleine)


Solistes d'Arsys Bourgogne
Direction : Pierre Cao

Les vêpres de Sainte-Marie Madeleine
A l'occasion de la sortie du CD

Programme
Dixit Dominus (psaume 109) - composition : Thierry Escaich
Confitebor (psaume 110) - composition : Pierre-Adrien Charpy
Beatus vir (psaume 111) - composition Nicolas Bacri
Laudate pueri (psaume 112) - composition Guillaume Connesson
Laudate Dominum (psaume 116) - composition Régis Campo
Magnificat - composition Philippe Fénelon
Chaque psaume sera précédé par l'interprétation d'une Antienne (chant grégorien).


La commande par Arsys Bourgogne des Vesperae in festo sanctae Mariae Magdalenae fait figure d'évènement à plus d'un titre. En effet, hormis quelques exceptions, aucune œuvre de cette nature n'a vu le jour depuis plusieurs décennies, la disparition de l'office à l'église ayant annihilé de facto toute volonté de célébration en musique. Ainsi, durant le siècle dernier, tandis que plusieurs compositeurs s'orientaient vers des formes tronquées et décontextualisées (Florent Schmitt, Igor Stravinsky), d'autres continuaient d'accompagner la cérémonie en ayant recours au seul orgue (Marcel Dupré, Guy Ropartz).

La seconde originalité réside dans l'écriture des psaumes confiée à six compositeurs, l'ensemble évoquant ainsi, plusieurs siècles plus tard, les recueils aux écritures plurielles si fréquents à travers l'Europe musicale baroque. Enfin, du point de vue artistique, cette œuvre est avant tout l'un des exemples les plus probants de l'exceptionnelle vitalité de la composition musicale française d'aujourd'hui.

Il revient à Thierry Escaich d'exprimer la puissance et le caractère implacable du Dixit Dominus par une écriture vivante, aux dynamiques contrastées et aux formules rythmiques souvent accentuées et syncopées, voire percussives, qui évoquent l'esprit de celles que Stravinsky choisissait déjà en 1930 dans la Symphonie de Psaumes. Le caractère pulsionnel de l'œuvre est renforcé par l'omniprésence du mot Dixit – réapparaissant souvent clamé entre les versets – et par certaines phrases du texte traitées en gestes vifs et fougueux.

Une atmosphère de jubilation règne tout au long des dix versets du Confitebor mis en musique par Pierre-Adrien Charpy. Ici, le texte sacré, soigneusement prosodié, s'approprie plusieurs onomatopées, puis se soumet entièrement à un flux musical rapide et puissant, de difficulté redoutable pour les interprètes, qui renforce l'atmosphère d'hommage joyeux.

Le Motet n°8 opus 78 pour chœur mixte ou six voix solistes de Nicolas Bacri s'ouvre sur un puissant tutti en homorythmie et en crescendo qui proclame d'emblée le Beatus vir quid timet Dominum. Les sept versets sur les neuf que contient le psaume ont ensuite tendance à fusionner. Les combinaisons textuelles trouvent leur correspondance sonore dans un choix de riches textures vocales, tantôt réparties en deux chœurs (versets quatre et cinq), tantôt à trois voix réelles doublées à l'unisson et à l'octave (verset six).
L'apparente nostalgie sereine de l'accord parfait mineur qui compose les deux dernières mesures est contrariée par la "suspension définitive" du texte au milieu du septième verset sur confirmatum est cor…

La louange exprimée par Guillaume Connesson dans le Laudate pueri est empreinte de calme et de sérénité. Articulé en trois "vagues" qui correspondent aux trois premiers versets choisis par le compositeur, le motet puise essentiellement son essence mélodique au cœur de la souplesse psalmodique et du mélisme. L'ensemble se clôt par un accord fortissimo de do majeur, ultime mise en valeur du mot Domini.

Régis Campo a choisi de traiter musicalement cette autre forme de louange spécifique au court psaume 116 – Laudate Dominum – de manière "très lente et mystérieuse". L'œuvre est organisée selon une alternance permanente de moments à la métrique classique, et d'autres, sans battue, aux durées indiquées par un temps approximativement chronométré. Ces instants non métrés incitent naturellement à une attention accrue aux riches combinaisons sonores dont la plénitude s'offre paisiblement à l'écoute. La continuité textuelle est souvent relayée entre plusieurs voix. Le motet s'achève par l'insistance figuraliste de la formule (in) aeternam aboutissant au fragile déploiement du phonème [u] retrouvant la nuance il piu dolce possibile initiale.

Le Magnificat écrit par Philippe Fénelon s'ouvre par un duo alto-soprano, tout de joie retenue, davantage dans l'esprit originel de la réponse de Marie à Elisabeth que dans celui de l'exubérance presque inhérente au contenu du texte. Le souci de clarté formelle se lit aisément par le silence qui sépare la plupart des versets, mais aussi grâce au traitement polyphonique spécifique à chacun d'eux. La musique sert admirablement le texte. Les fréquents changements de métrique lui confère une grande souplesse, et les répétitions de certains "mots rythmiques" (Abraham, Gloria…) lui offrent une vie particulière.

Les antiennes encadrant ces six psaumes font de cette œuvre un parcours musical tout à fait exceptionnel et original, auquel nous convient les solistes d'Arsys Bourgogne et Pierre Cao, dédicataires de ces créations..


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