édito
la musique est une architecture de sons
Pendant des siècles, les voix humaines ont nourri les pierres des chapelles, des églises et des cathédrales. Avant leurs interprètes, les compositeurs ont joué avec les effets rendus possibles par les architectures et leurs acoustiques. Les « cori spezzati » (chœurs brisés, ou divisés) avaient déjà fasciné des compositeurs franco-flamands et italiens, comme Adrian Willaert ou Annibale Padovano, bien avant que Giovanni Gabrieli ne fasse aboutir la polychoralité à son apothéose, à Venise, entre Renaissance et Baroque. Dans la basilique Saint-Marc, au-dessus du chœur, deux tribunes se font face, chacune possédant un orgue : c’était la porte ouverte à l’invention de dialogues musicaux, de jeux d’échos, de stéréophonie, de sonorités spatialisées… L’effet produit par cette spatialisation du son est extraordinaire. C’est aux richesses acoustiques en général et à la polychoralité en particulier que les 13e Rencontres Musicales de Vézelay rendent hommage cette année.
De l’autre côté des Alpes, J.-S. Bach a exploité ci et là, dans sa monumentale Passion selon Saint-Matthieu, que je dirigerai avec les Talens Lyriques et Arsys Bourgogne, les effets subtils de la polychoralité. Les voix d’enfants du chœur finlandais Tapiola, recréant les brumes et les mystères du Nord comme autant d’encens sonores, s’élèveront en colonnes de sons dans les majestueuses voûtes…
Dans la basilique, vous vous retrouverez littéralement entre les chœurs, au milieu de la musique. Il y a 400 ans mourrait à Venise Giovanni Gabrieli, qui sera célébré par un programme festif entre Renaissance et Baroque (Jean Tubéry à la tête d’Arsys Bourgogne et de La Fenice).
- Les trois concerts de l’après-midi permettront de
découvrir des acoustiques plus intimes :
- Die Winterreise de Schubert, avec Thomas Bauer et Jos van Immerseel,
- des polyphonies anciennes mêlées à celles du XXe siècle, avec les Singphoniker
- une immersion dans le mystère nocturne des contemplatives Leçons de ténèbres avec Doulce Mémoire et Denis Raisin Dadre.
Je vous invite à poser un nouveau regard — et bien sûr une nouvelle écoute ! — sur ces lieux centenaires et millénaires du vézelien qui formèrent l’écrin des prières et des émotions musicales de nos ancêtres : car la pierre est la mémoire et le témoin du temps, passé et à venir.
Pierre Cao
directeur artistique
